La réaction des proches
La déficience et le handicap suscitent le désarroi chez chacun. Dans la famille élargie, cela peut provoquer des émotions aussi fortes que celles ressenties par les parents eux-mêmes.
Dans le cas de maladies génétiques, l’annonce peut aussi soulever des questionnements ou des inquiétudes chez d’autres membres de la famille.
Les réactions des proches sont très variables d’une personne ou d’une famille à l’autre. Certains vous tiendront des propos rassurants qui nieront la réalité, d’autres seront maladroits, auront des gestes hésitants, ou des regards pesants. Ceux dont vous espériez soutien et réconfort peuvent se sentir incapables de faire face à votre douleur : ils la ressentent eux-mêmes très fort. Ils peuvent être tentés de la fuir et ainsi s’éloigner de vous. Par contre, certaines personnes réagiront de manière naturelle, spontanément accueillante, et seront d’un soutien irremplaçable.
La grande charge émotionnelle liée à l’annonce peut vous rendre très sensible aux réactions et rendre vos proches très maladroits. Cela peut laisser des traces durables dans les relations et il faudra parfois du temps pour les restaurer.
Thierry, Papa de Cynthia :
Ce qu’il faut recommander à l’entourage ? Oser ! Ma famille aurait dû oser me prendre dans ses bras après l’hospitalisation de ma fille. Mais jamais, pas une seule fois, cela n’a été fait. Pourtant, je suis le plus jeune, cela aurait dû être naturel, et j’aurais ainsi retrouvé ma place de petit dernier. Ils devraient aussi oser m’en parler. Mais jamais, ni mon frère, ni ma sœur n’ont osé. On parle de la pluie et du beau temps. On se complaît dans les non-dits. Le fait de n’avoir jamais parlé de la maladie de ma fille avec eux me pèse. J’y pense tout le temps quand je suis face à eux.« Père et fils se souviennent que c’est le fils qui a prévenu le père en l’appelant de la maternité. Toutefois, le fils a perçu dans les propos de son père (’ on se débrouillera, on s’en occupera ’) une maladresse consécutive au choc émotionnel, alors que, dans l’esprit du père, ces propos témoignent de son adaptation immédiatement positive à la situation. Le fils pense que son père a été effondré pendant quelques jours. « C’est une personne très sensible » Le père affirme avec fierté qu’il a tenu le coup dès le début » 158
Une Maman :
Mon mari et moi l’annonçons, angoissés, à notre famille. D’abord à ma maman, qui se demande pourquoi ? Par peur de me faire mal, de me blesser, elle n’ose pas trop en parler. Elle ne peut peut-être pas parler non plus de chagrin. Elle sait que je parlerai. Nous sommes une famille qui se soutient et qui forme un bloc. Nous avons vécu, ma maman, mon frère, ma soeur et moi parmi des gens handicapés. Donc cela ne nous gêne pas. Ma soeur en pleure toutes ses larmes et mon frère me soutient avec de bonnes paroles qui nous réconfortent.
Nous l’annonçons naturellement à la famille de mon mari, et c’est mal accueilli. Mon beau-père et ma belle-soeur nous demandent de faire une interruption de grossesse. Nous leur expliquons par tous les moyens que même les enfants différents peuvent être heureux et ont le droit de vivre, mais ils n’entendent rien.
A nos enfants, nous le disons avec nos mots et leurs mots, mais avec beaucoup de mal. Quant à la famille plus lointaine, c’est maman qui le dit, ou nous, mais un peu plus tard. 159
Anonyme :
Quand le diagnostic a été posé, il a fallu ensuite informer les proches, les amis, et faire face à leur maladresse. Certains sont venus « voir » au début mais une grande majorité a disparu de notre environnement. 160
Jean-Marc (papa) :
Progressivement, des comparaisons commencent entre nos enfants et le fils ou la fille de nos voisins, de nos amis…Leurs enfants évoluent plus vite que le nôtre, les différences augmentent et se précisent ! Le retard de l’apprentissage de la marche et l’absence de langage seront les premiers signes d’alerte que notre enfant devient, petit à petit, différent des autres enfants. 161
Je suis mamie d’un petit garçon Camille qui a été victime d’un accident de voiture avec ses parents alors qu’il n’avait que 2 mois. Il a subi entre autre, un traumatisme crânien qui a endommagé fortement son cerveau ; il est sous anticonvulsifiant depuis .Aujourd’hui à 15 mois il accuse un retard psychomoteur très important. Nous avons mon mari et moi accompagné les parents tout au long de cette épreuve. Pour nous il est difficile de trouver la bonne distance : être disponibles sans être envahissants. Je suis anéantie, malheureuse, mais je ne peux pas le montrer et dois rester forte pour eux. Est-ce que les parents seront assez forts pour supporter tout cela ? Comment va évoluer Camille ? 162
Une Maman :
Malgré toute cette peine, la vie doit continuer coûte que coûte. Pour des raisons de conviction morales et psychologiques, nous décidons de garder l’enfant, malgré son handicap. Il a beaucoup de chances pour vivre comme les autres, d’ après les médecins. Mon mari et moi l’annonçons, angoissés, à notre famille.
D’abord à ma maman, qui se demande pourquoi ? Par peur de me faire mal, de me blesser, elle n’ose pas trop en parler. Elle ne peut peut-être pas parler non plus de chagrin. Elle sait que je parlerai. Nous sommes une famille qui se soutient et qui forme un bloc. Nous avons vécu, ma maman, mon frère, ma soeur et moi parmi des gens handicapés. Donc cela ne nous gêne pas. Ma soeur en pleure toutes ses larmes et mon frère me soutient avec de bonnes paroles qui nous réconfortent. Nous l’annonçons naturellement à la famille de mon mari, et c’est mal accueilli. Mon beau-père et ma belle-soeur nous demandent de faire une interruption de grossesse. Nous leur expliquons par tous les moyens que même les enfants différents peuvent être heureux et a coûte ont le droit de vivre, mais ils n’entendent rien. A nos enfants, nous le disons avec nos mots et leurs mots, mais avec beaucoup de mal. Quant à la famille plus lointaine, c’est maman qui le dit, mais un peu plus tard. Que notre vie de famille et cette grossesse sont devenues pénibles et angoissantes ! Les médecins nous ont prévenus que notre fils irait en couveuse et en pédiatrie pour ses soins. Enfin, Ie jour J ! Notre fils naît par césarienne obligatoire. Malgré son handicap, mettre un enfant au monde, cela est une joie. Grâce à une photo, nous l’avons près de nous. Dès les premiers jours, ma famille proche va voir I’enfant. Parfois on entend des mots durs de la famille plus lointaine L’autre partie de la famille reste indifférente. Ne voulant pas comprendre le handicap, ils ignorent notre enfant. Nos souffrances et nos peines se sont approfondies avec des questions blessantes : « Pourra-t-on le réparer ? » (Comme une voiture !) « Pourquoi l’avez-¬vous gardé ? » Ils ne veulent pas comprendre que chaque personne, saine ou handicapée, a le droit de vivre telle qu’elle est et comme elle est. Notre vie est un chemin de joie et de grande peine (parfois). Malgré les années qui passent, la famille de mon mari n’a toujours pas accepté notre fils tel qu’il est. L’autre famille l’invite en W.E., tout seul, comme les autres. Pour conclure : un enfant pas comme les autres apporte un grand rayon de soleil chaleureux dans notre vie, nous apportant beaucoup de choses que les autres ne peuvent pas comprendre. 156




- Livret Frère ou Soeur :



