Vous concernant

Vous concernantEn votre qualité d’annonceur, vous êtes amené à devoir animer cette rencontre et, par le fait même, à en observer le déroulement, la participation et les réactions des personnes en présence.
Comment est-ce que je mène cette rencontre ? (mon rôle d’animateur)

  • Ne vais-je pas trop vite ?
  • Est-ce que je leur permets de réagir ?
  • Est-ce que je leur donne le temps pour poser des questions ?
  • Suis-je capable de les entendre, de les écouter ? …

La tentation peut être grande d’exposer l’ensemble du diagnostic et du pronostic sans laisser de temps mort, afin d’en « avoir fini » avec le rôle douloureux d’annonceur de mauvaises nouvelles. De même, le silence peut parfois être pesant et donner l’envie de combler l’apparente absence de réaction de vos interlocuteurs. Face à des émotions pénibles à vivre, il peut être tentant « d’enchaîner », de vouloir « étouffer » les émotions en passant à « autre chose ».

Il est donc utile, tout au long de l’annonce, d’évaluer vos propres émotions et comportements ainsi que ceux du patient et de ses parents, afin d’être sensible au climat dans lequel la rencontre se déroule.

Rester dans la présence de ce qui est en train de se vivre tout en gardant un recul nécessaire, tel est le rôle de l’animateur d’une rencontre et cela requiert une attention de tous les instants.
Cette écoute permettra aussi d’accueillir les questions, les silences, les émotions et de montrer que vous êtes concerné par ces réactions et que vous pouvez les comprendre.

Dr Michèle Lefèvre, cardio-pédiatre :
Il y a tout de même des questions et elles viennent rapidement. C’est pour cela qu’on est amené quand même à donner beaucoup d’informations et rapidement, parce que l’attente n’est pas souhaitée. (…) Je crois que l’on a tendance à aller trop vite. Même moi. Pourtant Dieu sait si j’essaie de freiner. (57)


Dr Thierry Servillat, psychiatre-psychothérapeute :
Les exemples qui me viennent en premier sont des exemples où il n’y a non seulement pas de compassion, mais une sorte de négation de l’aspect traumatique : « Cela va bien se passer pour vous, d’autres personnes ont déjà vécu cela ». L’impression, je dirais, d’un excès de vitesse. C’est-à-dire que sur le plan de la technique, ce n’est peut-être pas mauvais en soi, mais cela va trop vite. Il y a une négation du temps d’intégration, non seulement affective, mais même corporelle de cette information qui est plus ou moins considérable. Et il faut du temps pour une telle intégration. (58)


Dr Db :
Régulièrement la réaction des parents consiste en une détresse bien palpable de la maman qui est en larmes et incapable de parler. Le papa lui aussi est sidéré. Il garde parfois un visage impassible au début, puis laisse exploser sa colère, sa révolte, son refus du diagnostic : « Comment est-ce possible ? Pourquoi n’a-t-on rien vu ? Etes-vous sûr ? ».
Puis dans un 2ème temps, soit déjà au premier entretien soit aux suivants, ce sont les interrogations qui fusent avec des demandes précises (« Que va-t-il pouvoir faire ? son degré d’autonomie ? »…), auxquelles il est bien difficile de répondre, car le devenir de l’enfant n’est pas définissable avec exactitude… Les mêmes questions reviennent souvent les jours suivants car les réponses n’ont pas été intégrées durant les premiers entretiens. (90)

Quelles réactions face aux émotions ?

Confronté aux émotions fortes d’une personne, nul ne peut prédire sa propre réaction. A moins de s’être muré dans une indifférence totale.
Comment, dès lors, préserver le fragile équilibre entre l’empathie et le nécessaire recul ?

Adopter un comportement simplement honnête et humain est sans nul doute le seul moyen d’inscrire la relation dans la confiance de liens privilégiés, où les émotions pourront être reçues et respectées.

Dr Yvette Gauthier, pédiatre :
Souvent les gens pâlissent, rougissent. Ils ont des manifestations somatiques, des manifestations émotionnelles, ils se mettent à pleurer ou on sent que leur voix ne peut plus sortir, ils sont arrêtés dans leur discours. Et là, on ressent très bien le moment de bascule où le parent a compris. Et si on en ajoute, on essaye d’expliquer encore plus la pathologie, les parents n’entendent plus. On sent très bien, avec un peu d’expérience, qu’il est temps d’arrêter. Au calme, on attend, on arrête, on se reverra, on redonne un rendez-vous. (59)